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De la productivité des firmes à la compétitivité d’un pays
La productivité des firmes constitue le fondement microéconomique de la compétitivité d’un pays, entendue comme sa capacité à exporter durablement et à maintenir ses parts de marché sur les marchés internationaux.
I. La productivité des firmes comme déterminant direct de la compétitivité-prix
La première manière par laquelle la productivité des firmes se traduit en compétitivité nationale est la compétitivité-prix, qui repose sur la capacité des entreprises à proposer des biens à des prix inférieurs ou comparables à ceux de leurs concurrents internationaux.
Une hausse de la productivité du travail ou de la productivité globale des facteurs permet aux firmes de produire une même quantité avec moins de facteurs de production. Ce gain d’efficacité entraîne une baisse des coûts unitaires de production (coût par unité produite). Dès lors, les entreprises disposent de plusieurs marges de manœuvre :
- elles peuvent baisser leurs prix de vente, ce qui améliore leur attractivité à l’export ;
- ou maintenir leurs prix et augmenter leurs marges, ce qui renforce leur capacité d’investissement.
À l’échelle nationale, lorsque de nombreuses firmes gagnent en productivité, le pays améliore sa compétitivité-prix globale, ce qui favorise l’augmentation des exportations et le maintien des parts de marché à l’international.
Par ailleurs, les pays dont la productivité est élevée parviennent mieux à résister à la concurrence des pays à bas salaires, car ils compensent des coûts salariaux plus élevés par une efficacité productive supérieure.
2. La productivité comme levier de la compétitivité hors-prix
La productivité ne renforce pas seulement la compétitivité-prix ; elle est aussi un déterminant central de la compétitivité hors-prix, qui repose sur la qualité, l’innovation et la différenciation des produits.
Des firmes plus productives dégagent davantage de ressources financières et peuvent les réinvestir dans la recherche-développement (R&D), le design, la montée en gamme, la formation des salariés ou encore le marketing. Ces investissements améliorent la qualité réelle ou perçue des produits et permettent une différenciation, au sens de la nouvelle théorie du commerce international (Krugman).
Ce processus est cumulatif :
- l’innovation améliore la productivité (learning by doing, progrès technique),
- la productivité renforce la compétitivité hors-prix,
- la compétitivité hors-prix permet de pratiquer des prix plus élevés,
- ce qui génère des marges favorables à de nouveaux investissements.
Ainsi, les économies développées se spécialisent dans les segments à forte valeur ajoutée, où la concurrence se fait moins par les prix que par la qualité, l’innovation et l’image de marque. Selon l’OCDE, ce modèle explique la performance exportatrice de pays comme l’Allemagne ou la Corée du Sud, dont les firmes sont fortement positionnées sur des produits différenciés.
3. La sélection des firmes exportatrices et la compétitivité macroéconomique
La productivité joue également un rôle clé à travers un mécanisme de sélection des firmes. Exporter implique des coûts fixes élevés (prospection des marchés étrangers, adaptation aux normes, logistique, marketing). Seules les firmes les plus productives sont capables de couvrir ces coûts et d’être rentables à l’international. Les firmes moins productives restent cantonnées au marché domestique ou disparaissent.
Ce mécanisme de sélection a plusieurs effets macroéconomiques :
- la moyenne de productivité du pays augmente,
- les ressources (capital, travail qualifié) se réallouent vers les firmes les plus efficaces,
- la structure productive devient plus compétitive à l’échelle internationale.
Ainsi, la compétitivité d’un pays ne dépend pas de toutes ses entreprises, mais principalement de ses firmes les plus productives, souvent de grande taille ou insérées dans les chaînes de valeur mondiales.
4. Un rôle positif de l’environnement institutionnel dans la transmission productivité favorise une meilleure compétitivité
Enfin, le lien entre productivité des firmes et compétitivité nationale est renforcé ou affaibli par l’environnement institutionnel.
Les politiques publiques influencent la productivité par :
- l’investissement dans le capital humain (éducation, formation),
- le soutien à l’innovation (crédit d’impôt recherche, pôles de compétitivité),
- la qualité des infrastructures (transport, numérique),
- la stabilité macroéconomique et institutionnelle.
Ces facteurs créent un cadre favorable aux gains de productivité, ce qui permet aux firmes nationales d’être plus compétitives à l’export. La compétitivité d’un pays apparaît ainsi comme le résultat agrégé de performances microéconomiques, soutenues par des institutions adaptées.

