Le commerce international ne repose pas uniquement sur les différences de dotations entre pays. En effet, une part croissante des échanges mondiaux s’effectue entre pays comparables:

  • en niveau de développement,
  • en niveau de revenus
  • en niveau de dotation technologique.

Ce commerce s’explique par des mécanismes microéconomiques et industriels fondés sur la différenciation des produits, la montée en gamme et la fragmentation de la chaîne de valeur.

I. La différenciation des produits comme moteur du commerce entre pays comparables

Le commerce entre pays comparables repose sur la différenciation des produits plutôt que sur les différences de coûts. Dans les économies développées, les entreprises produisent des biens similaires mais différenciés par leurs caractéristiques (design, marque, fonctionnalités). Selon les analyses issues de la dite « nouvelle théorie du commerce international » (Paul Krugman), les consommateurs recherchent la variété, ce qui crée une demande pour des produits distincts même lorsqu’ils appartiennent à la même catégorie.

Ce processus repose sur des économies d’échelle (on parle aussi de rendements d’échelle croissants) : en produisant en grande quantité un modèle spécifique, une entreprise réduit son coût moyen de production. La spécialisation ne porte donc pas sur un secteur entier mais sur une variété de produit. Les entreprises exportent pour élargir leur marché, amortir leurs coûts fixes (recherche, design, marketing) et accroître leur compétitivité hors prix.

II. La qualité et la montée en gamme comme fondement de l’avantage comparatif moderne

    La spécialisation internationale des pays aux économies développées repose de plus en plus sur la qualité et l’innovation. En effet, la compétitivité des économies avancées repose souvent sur une stratégie de montée en gamme, fondée sur l’innovation, la qualification du travail et l’investissement en R&D.

    Les entreprises cherchent à être plus compétitive. Ainsi, pour faire face à la concurrence, elles cherchent à gagner du pouvoir de marché davantage en se différenciant par la qualité (réelle ou supposée) plutôt que par le prix. Elles peuvent donc pratiquer des prix plus élevés tout en conservant une forte demande. Ce processus est cumulatif : l’innovation améliore la productivité (learning by doing, accumulation du capital humain) et renforce la compétitivité des firmes. Enfin, elle soutient la spécialisation du pays dans les segments à forte valeur ajoutée notamment grâce au transfert de technologie lorsque les salariés changent d’employeur.

    III. La fragmentation de la chaîne de valeur et le rôle central des firmes multinationales.

      Le commerce entre pays comparables s’explique aussi par une division internationale du processus de production que l’on appelle fragmentation internationale de la chaine de valeur.
      La multiplication des échanges internationaux est structurée par les chaînes de valeur mondiales: La production d’un bien est découpée en étapes (schématiquement: conception, fabrication, assemblage, marketing & vente), réparties entre plusieurs pays selon leurs dotations factorielles et technologiques.

      Les firmes multinationales prennent appuis sur ces différences de dotations afin de minimiser les coûts et maximiser la qualité de leurs produits. Les pays comparables se spécialisent alors dans les segments à forte valeur ajoutée (R&D, design, coordination). D’autres étapes comme la fabrication peuvent être externalisées vers des pays aux économies en développement dont la main d’œuvre est moins qualifiée et les processus de production moins intense en capital.