Fiche
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La spécialisation internationale : dotations technologiques et dotations factorielles
La spécialisation internationale désigne le processus par lequel les pays concentrent leur production sur certains biens et services et échangent avec les autres pays. Les analyses économiques enseignées au Collège de France montrent que cette spécialisation repose sur des différences structurelles entre économies, liées soit aux dotations technologiques, soit aux dotations factorielles, soit à la capacité d’innovation. Ces mécanismes permettent d’expliquer l’intensification des échanges internationaux et la hausse de la production mondiale.
Ricardo, Des principes de l’économie politique et de l’impôt
I. Les avantages comparatifs fondés sur les dotations technologiques
(A)Les pays se spécialisent dans les productions pour lesquelles ils disposent d’une productivité relative plus élevée, ce qui leur confère un avantage comparatif, même en l’absence d’avantage absolu. (E) Dans une économie ouverte, les entreprises comparent les coûts unitaires de production dans chaque pays, exprimés en quantité de travail ou en coût monétaire. Lorsqu’un pays bénéficie d’une productivité du travail plus élevée dans une production donnée grâce à une technologie plus efficace, il peut proposer des prix plus bas à l’exportation. Ce différentiel de productivité constitue un avantage absolu, notion formalisée par Adam Smith.
Toutefois, comme l’a montré David Ricardo, la spécialisation ne repose pas sur les avantages absolus mais sur les avantages comparatifs. Un pays a intérêt à se spécialiser dans les productions pour lesquelles:
- son désavantage productif est le plus faible
- ou son avantage relatif le plus élevé.
Ce mécanisme permet une allocation optimale des ressources productives, une augmentation de la production mondiale et des gains à l’échange pour l’ensemble des pays participants.
Il faut toutefois noter que modèle ricardien repose sur des hypothèses restrictives :
- immobilité internationale des facteurs de production,
- techniques de production données,
- rendements d’échelle constants.
Or, ces hypothèses sont de moins en moins vérifiées dans une économie mondialisée caractérisée par la mobilité du capital, la diffusion technologique et les rendements croissants dans l’industrie.
II. Les avantages comparatifs fondés sur les dotations factorielles.
(A) Les pays se spécialisent en fonction de leur dotation factorielle, c’est-à-dire la disponibilité relative de leurs facteurs de production, ce qui détermine les coûts comparatifs. (E) Selon le modèle Heckscher-Ohlin-Samuelson (HOS), les pays disposent de facteurs de production (travail qualifié, travail non qualifié, capital) en quantités inégales. Cette inégale répartition entraîne des différences de prix relatifs des facteurs.
Un pays tend alors à se spécialiser dans les productions utilisant intensivement le facteur abondant et donc moins coûteux, car cela minimise les coûts de production. Inversement, il importe les biens nécessitant le facteur rare et cher sur son territoire. La spécialisation internationale permet ainsi une utilisation optimale des facteurs à l’échelle mondiale et fonctionne comme un échange indirect de facteurs de production.
- Heckscher & Ohlin, théorie des dotations factorielles
- Samuelson, théorème de l’égalisation des prix des facteurs
III. L’innovation et l’avance technologique comme fondements dynamiques de la spécialisation.
(A) L’innovation confère aux pays une avance technologique temporaire qui fonde une spécialisation internationale dynamique. (E) Dans la lignée de Schumpeter, les travaux développés par Philippe Aghion (Prix Nobel 2025), montrent que l’innovation repose sur un processus de destruction créatrice. Les entreprises innovantes développent de nouveaux produits ou procédés grâce à la recherche & développement, ce qui leur permet d’obtenir une rente de monopole temporaire, souvent protégée par des brevets.
Dans un premier temps, ces entreprises produisent pour le marché intérieur, où le pouvoir d’achat élevé permet de soutenir des prix importants. Dans un second temps, face à la saturation de la demande nationale et à la diffusion technologique, elles s’orientent vers l’exportation vers des pays moins avancés, en ajustant leurs prix. Ce cycle explique la spécialisation des pays développés dans les biens à forte valeur ajoutée et celle des pays en développement dans les productions standardisées.
Ce modèle permet de comprendre la spécialisation internationale comme un processus évolutif, fondé sur la capacité d’un pays à innover durablement plutôt que sur des dotations initiales figées.
- Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie
- Aghion et Howitt, modèles de croissance endogène
- Robert VERNON, Cycle de vie de produit

