Fiche n°12-2
Comprendre que l’action publique autour de l’environnement articule plusieurs échelles
1. La construction des questions environnementales comme problèmes publics

La transformation d’un enjeu environnemental en problème public est un processus complexe impliquant de multiples acteurs. Selon les travaux de John Kingdon (1984), un problème devient politique lorsque trois “flux” convergent :
- la compréhension scientifique du problème (flux des problèmes),
- la mobilisation sociale (flux politique)
- les solutions disponibles (flux des politiques publiques).
🟥 1.1. Le rôle des experts : produire et diffuser des savoirs scientifiques 🟥
Les experts jouent un rôle central dans l’alerte des décideurs. Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), créé en 1988, publie son premier rapport de synthèse en 1990, ce qui conduit directement à la négociation de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (1992).

Les sciences du climat fournissent des données permettant aux États de comprendre les coûts économiques du changement climatique (externalités négatives, risques systémiques).
La médiatisation des rapports du GIEC contribue à :
- diffuser les connaissances (logique de bien public informationnel)
- réduire les controverses
- appuyer la mobilisation d’autres acteurs (ONG, partis, mouvements citoyens)
🟥 1.2. Les ONG, associations et mouvements citoyens : mobiliser l’opinion
Les ONG environnementales — Greenpeace, WWF, Sea Shepherd — participent à la construction sociale du problème (Beck, La société du risque, 1986).
Elles utilisent divers répertoires d’action collective (Tilly, 1995) :
- campagnes de sensibilisation,
- boycott,
- actions symboliques ou “coups de poing”,
- plaidoyer politique.
Elles agissent comme entrepreneurs de cause : elles transforment un phénomène naturel en revendication politique.
Exemples :
- Interdiction des OGM en Europe (2015)
- Interdiction de pesticides néonicotinoïdes tueurs d’abeilles (2018)
Les mouvements citoyens élargissent encore cette mobilisation : marches pour le climat, actions de Greta Thunberg, influenceurs environnementaux sur les réseaux sociaux.
La convention citoyenne pour le climat (2019) illustre un mode de participation directe à l’élaboration de propositions politiques.
🟥 1.3. Les partis politiques : hiérarchiser et traduire les enjeux en programmes 🟥
Les partis politiques sélectionnent et hiérarchisent les problèmes à traiter influencés en cela par les médias et la pression de la société civile organisée. Ils traduisent les préoccupations environnementales en programmes électoraux, contribuant à l’institutionnalisation de l’enjeu.
2. Les entreprises et les pouvoirs publics : adaptation, stratégies et régulation
(Processus : intérêt privé → arbitrages → régulation → responsabilités partagées)
🟥 2.1. Les entreprises : entre adaptation stratégique et RSE 🟥
Les entreprises intègrent l’environnement pour deux raisons principales :
- Freiner des évolutions réglementaires jugées trop coûteuses (logique de lobbying défensif), cf. FNSEA et la gestion des algues vertes.
- S’adapter pour améliorer leur réputation (avantage réputationnel, différenciation), en s’engageant dans la Responsabilité sociale et environnementale (RSE).
Certaines entreprises adoptent des politiques environnementales par opportunisme, tout du moins le font-elles croire (Greenwashing), d’autres par conviction ou pression sociale.
🟥 2.2. Les pouvoirs publics : traduire les enjeux en politiques concrètes
Les pouvoirs publics opèrent la transformation finale du problème en action publique. Par exemple, l’ADEME, en France, qui finance et accompagne des projets liés à :
- l’énergie,
- la qualité de l’air,
- l’économie circulaire,
- la lutte contre le gaspillage,
- la gestion des déchets.
Le rôle de l’État consiste à réguler les externalités:
- en internalisant les externalités négatives (taxe pigouvienne = écotaxe),
- en produisant des incitations (écosubventions en plus des taxes = double dividende).
3. Relations entre acteurs : conflits, coopération et jeux de pouvoir
(Processus : intérêts divergents → conflits → coalition → compromis → politiques publiques)
🟥 3.1. Les relations conflictuelles : intérêts divergents et jeux de pouvoir
Les conflits apparaissent lorsque les acteurs défendent des intérêts contradictoires. L’exemple emblématique de la lutte contre les algues vertes en Bretagne, liée à l’agriculture intensive (voir le film Les algues vertes, 2023). (débat ici). Les associations environnementales et experts dénoncent la nocivité des marées vertes. Les lobbies agricoles (FNSEA), eux, ont intérêt à empêcher l’inscription du problème à l’agenda politique pour ne pas subir des coûts de mise en conformité.
🟥 3.2. Les relations de coopération : coalitions et action collective
À l’inverse, des coopérations peuvent se nouer lorsque les acteurs identifient des intérêts convergents, selon la logique des “coalitions de cause” (Sabatier).
Exemples :
- Les ONG et les scientifiques œuvrent à protection des espèces
- Certaines entreprises et associations luttent contre le gaspillage alimentaire
- Les lobbies environnementaux influent sur les partis politiques (cf. film Goliath, 2021, Pierre NINET y joue le rôle d’un lobbyiste)
Les lobbies (=groupes d’intérêt) fournissent expertises, données, capacité de mobilisation et réseaux d’influence. Ils devraient réduire l’incertitude scientifique en aidant les décideurs à formuler des politiques publiques adaptées.

