SPT
1-5
Institutions et croissance économique
Etape 1 : Comprendre ce que signifie croissance endogène est une institution
Document 1 Qu’est-ce qu’une institution ?
Daron Acemoglu1 et James Robinson2 […] définissent les institutions comme les règles qui conditionnent les incitations3 économiques des individus, ainsi que les perspectives et opportunités qui s’offrent à eux. Ils distinguent en particulier les « institutions inclusives » des institutions « extractives ». Les institutions inclusives4 préservent les droits de propriété et le respect des contrats, et elles minimisent les restrictions à la liberté et à l’opportunité de créer et d’innover, ce qui stimule l’épargne, l’investissement, et le progrès technique, donc la croissance à long terme d’un pays. Au contraire, les institutions extractives freinent et inhibent l’innovation car elles ne garantissent pas les droits de propriété ou bien elles imposent des barrières à l’entrée5 qui protègent les intérêts acquis, mais en même temps empêchent l’éclosion de nouvelles idées et entravent le processus schumpétérien de destruction créatrice (c’est-à-dire le remplacement d’activités ou technologies existantes par de nouvelles activités et de nouvelles technologies).
Préface de Philippe Aghion à l’ouvrage de Daron Acemoglu, James A. Robinson, Prospérité, puissance et pauvreté, Éditions Markus Heller, 2015.
- Qu’est-ce qu’une institution ?
- Pourquoi la protection de la propriété privée est-elle indispensable pour inciter les agents économiques à investir et innover ?
- Qu’est-ce qu’une institution inclusive ? Une institution extractive ? Illustrez par des exemples.
- À l’aide de l’exemple du travail des enfants, expliquez pourquoi les institutions inclusives favorisent la croissance alors que les institutions extractives l’entravent.
Exercice
- Remplissez le tableau suivant pour mettre en relation la qualité des institutions et le potentiel de croissance économique.
| Pays | Indice de gouvernance | PIB/habitant | Taux de croissance |
| Norvège | |||
| Nigéria | |||
| Allemagne | |||
| Venezuela |
L’indice de gouvernance mondiale (IGM) est un outil qui permet aux ONG, aux entreprises et aux décideurs politiques d’évaluer la gouvernance d’un État.
- Voici trois arguments liant les instituions à la croissance économique. Etes vous en mesure de les justifier ?
Réduction de l’incertitude
Les institutions sont des contraintes humaines qui structurent les interactions économiques, politiques et sociales. Elles permettent de réduire l’incertitude dans les échanges, ce qui favorise la coopération entre agents économiques.
Réduction des coûts de transaction
En encadrant les comportements des agents sur les marchés, les institutions influencent les coûts de transaction et de production. Des institutions efficaces permettent des échanges à moindre coût, ce qui rend l’activité économique plus rentable et plus accessible.
Incitations à l’innovation et l’investissement
Les droits de propriété bien définis et protégés encouragent les agents à investir, innover et produire, car ils savent que les fruits de leur travail leur reviendront. Cela stimule la productivité et donc la croissance.
Etape 2 : Comprendre que les institutions favorisent une croissance endogène
https://shs.cairn.info/revue-outre-terre2-2014-2-page-74?lang=fr#s2n1
DOSSIER: LE CAPITAL HUMAIN : AUX SOURCES DE LA PERFORMANCE ÉCONOMIQUE SUD-CORÉENNE
Selon Lee Jong-Won, le capital humain a constitué, entre 1960 et 1990, le facteur décisif de la croissance économique coréenne [1]. C’est l’une des raisons fondamentales de l’avance prise sur d’autres pays émergents tels que Hong-Kong, Singapour ou Taiwan. Plus étonnant, si l’on retient comme critère la croissance des effectifs dans l’enseignement secondaire ou le recul des enfants non scolarisés, notamment chez les femmes, il apparaît que la Corée du Sud a pris l’avantage sur les autres dragons asiatiques.

Il ressort encore que le rythme du progrès technologique y a été supérieur :

Cette croissance du capital humain s’est effectuée en quatre phases successives. De 1945 à 1960, malgré l’effet négatif de la guerre, la priorité donnée à l’éducation a permis une chute de l’illettrisme (59,6 % dès 1960), un essor du nombre d’élèves dans les écoles élémentaires (1,6 millions en 1947, 3,6 en 1959) et même du système universitaire (400 000 étudiants en 1959 contre 20 000 en 1947). Les années 1960 ont vu une forte expansion du système scolaire. À partir de 1962, en effet, le gouvernement formule la stratégie Export-led industrialization (ELI) [18] et déclare « la guerre contre la pauvreté et le chômage ». Une croissance auto-entretenue requiert du capital (largement étranger), mais aussi une main-d’œuvre capable et compétitive. De fait, entre 1963 et 1992, la Corée du Sud atteint des taux records d’expansion de l’emploi, grâce notamment à l’ampleur de l’exode rural. À partir de la fin des années 1960 cependant s’achève la période de la force de travail à bas prix. De 1967 à 1973, le gouvernement lance d’importants programmes de formation technique avec l’aide des organisations internationales (ONU ; Organisation internationale du travail, OIT) ou de pays étrangers (États-Unis, Allemagne). L’effort s’amplifie à partir de 1973 (plan de développement de l’enseignement technique), puis en 1976 (Loi fondamentale sur la Formation technique).
À partir des années 1980, il devient de plus en plus nécessaire de donner priorité à la qualité sur la quantité. Le gouvernement concentre désormais sa politique industrielle sur des secteurs à haute intensité capitalistique exigeant des dépenses élevées de recherche-développement.
Etape 3 : Certaines institutions peuvent nuire à la croissance économique
DOSSIER: VENEZUELA, UNE ECONOMIE A BOUT DE SOUFFLE
[…] Le revenu principal de l’Etat vénézuélien reste la vente de pétrole. Mais au sommet de celui-ci, les entreprises publiques sont gangrénées par une corruption systémique qui ronge les finances publiques. Les détournements passaient notamment par l’usage de la cryptomonnaie centralisée et étatique, le Petro. Avec le Soudan du Sud, la Syrie et la Somalie, le Venezuela fait partie du quatuor de tête de l’indice de perception de la corruption de l’ONG Transparency International.
Dans le même temps, la dette publique s’accumule. Parmi les pays en développement ou émergents ayant la plus importante dette, le Venezuela se classe dans le peloton de tête puisqu’elle pèse 240,5% de son PIB en 2021.
Jusqu’à +234% d’inflation en 2023
Qui dit dette publique, dit aussi augmentation artificielle des liquidités en circulation pour financer l’Etat, via la banque centrale qu’il contrôle.
Résultat, malgré un récent reflux, l’inflation vénézuélienne reste difficilement soutenable. En glissement annuel, elle est tombée à 59,2% en mai 2024, restant l’une des plus élevées au monde, a révélé vendredi la Banque centrale du Venezuela (BCV). Or le pays a enregistré une inflation de 189,8% en 2023, contre 234% en 2022 et 686,4% en 2021, après quatre années d’hyperinflation. En 2018, la BCV estime même qu’elle a atteint +130 000% en raison de la chute des revenus pétroliers créant un déficit colossal.
- Pourquoi peut-on dire que la corruption est une institution extractive ?
- Comment l’inflation s’explique-t-elle au Vénézuela ? En quoi celle-ci freine-t-elle la croissance économique potentielle ?

